Title: NOTES DE L'ENTRETIEN DU CAMARADE J.V. STALINE AVEC LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DU C.C. DU PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS LE CAMARADE THOREZ

Author:STALIN
Subject:SOCIALISM & RELATED SYSTEMS
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Josip STALIN


Notes de l'entretien du camarade J.V. Staline avec le secrétaire général du C.C. du Parti communiste français le camarade Thorez


Strictement confidentiel
19 novembre 1944, 20 heures

Les Camarades Molotov et Beria assistent à l'entretien.

Après l'échange de salutations le Cam. Staline demande quand le Cam. Thorez a l'intention de partir en France.
Le Cam. Thorez répond qu'il se propose de partir de Moscou demain avec sa femme et un membre du PCF, le Cam. Ramette.
Le Cam. Staline demande sur quel avion volera le Cam. Thorez.
Le Cam. Thorez répond qu'il volera sur un avion soviétique jusqu'à Téhéran et ensuite sur un avion anglais et, s'il y arrive, sur un avion français.
Le Cam. Staline dit qu'on peut peut-être organiser le vol de Thorez sur un avion soviétique jusqu'à Paris. On ne sait jamais avec les Anglais, ils peuvent manigancer quelque chose.
Le Cam. Molotov dit qu'on peut organiser le vol du Cam. Thorez sur notre avion jusqu'à Paris.
Le Cam. Staline demande quelles sont les questions du Cam. Thorez.
Le Cam. Thorez répond que la question la plus importante pour les communistes français est comment traverser la difficile période actuelle alors que les communistes ne sont pas les maîtres de la France et alors qu'ils y ont des ennemis et des amis. Comment faire pour rassembler ses forces et ne pas permettre à la réaction de rassembler les siennes.
Le Cam. Staline demande comment il se représente Bidault.
Le Cam. Thorez répond que Bidault avait adhéré avant la guerre au parti des démocrates populaires. C'est un catholique. Avant la guerre il éditait un journal, L'Aube, un journal catholique d'opposition.
Le Cam. Staline demande à qui ce journal s'opposait.
Le Cam. Thorez répond que ce journal était en opposition avec les dirigeants officiels de l'Eglise catholique. Dans les questions de politique extérieure, Bidault avait avant la guerre une position proche de celle des communistes français. Il était pour de bonnes relations avec l'URSS, s'est prononcé contre Munich et contre l'Allemagne. Cependant, après le début de la guerre, comme beaucoup de gens qui étaient auparavant proches des communistes, il a commencé, plus ardemment que d'autres ennemis des communistes, à se prononcer contre eux. Après le début de la guerre il a été mobilisé, il a servi dans l'armée, il a été fait prisonnier par les allemands et ensuite il a été libéré.
Le Cam. Staline demande si Bidault a été libéré par les Allemands ou s'il s'est évadé d'un camp.
Le Cam. Thorez répond que Bidault a été libéré par les Allemands parce qu'il avait participé à la Première Guerre mondiale, et les Allemands libéraient ce type de prisonniers. Cependant, les Allemands n'ont pas appliqué cette règle à tous ceux qui avaient participé à la Première Guerre mondiale.
Le Cam. Staline s'étonne qu'un ancien prisonnier de guerre occupe un poste au gouvernement.
Le Cam. Thorez dit qu'il y a d'autres personnes au gouvernement qui se sont trouvées dans des camps allemands. Comme le général Juin. Il a été fait prisonnier par les Allemands et ensuite libéré et nommé par Vichy en Afrique, commandant des troupes françaises à la place de Weygand auquel les Allemands ne faisaient pas pleinement confiance. L'ancien ministre des Finances Lepercq qui est mort récemment, était dans un camp de prisonniers allemand.
Le Cam. Staline demande quelles sont les relations des communistes français avec les socialistes.
Le Cam. Thorez répond que les communistes ont obtenu des succès dans la conquête de masse des travailleurs socialistes. Cependant la direction du Parti socialiste ne veut pas collaborer avec les communistes. Récemment, lors du congrès du Parti socialiste français, son secrétaire a déclaré dans son rapport que les socialistes sont pour l'unité avec les communistes mais en réalité les socialistes refusent l'unité. Les socialistes disent : tout est bien en France, les gens sont bien sauf les communistes qui doivent s'excuser pour la position qu'ils ont prise au début de la guerre avec les Allemands. La direction du Parti socialiste insiste sur le fait que les communistes au début de la guerre n'étaient pas des partisans de la défense de la patrie et que c'est seulement après 1941 qu'ils sont devenus des héros de la lutte contre les Allemands.
Le Cam. Staline dit qu'une pression est peut-être exercée sur les socialistes pour obtenir l'isolement des communistes. Il est tout à fait possible que de Gaulle entreprenne une démarche pour isoler le PC.
Le Cam. Staline dit qu'il pense que dans ce cas, ce serait bien si le Parti avait des alliés. Le Parti doit s'y faire et se mettre à chercher des alliés parmi les radicaux, y compris parmi quelques groupes encore peut-être informels de radicaux.
Il faut se mettre à chercher des alliés parmi les socialistes. Il faut essayer de créer un bloc contre la réaction. Il serait bien d'attirer dans ce bloc des socialistes. On trouvera peut-être encore certains éléments qu'on peut utiliser dans ce bloc. Il faut créer des forces déterminées groupées autour du PC pour la défense et quand la situation changera, pour l'attaque. Les communistes ne doivent pas chercher parmi les socialistes qui a parlé contre l'Union soviétique et quand. Nous connaissons très bien les socialistes. Les socialistes, c'est l'aile gauche de la bourgeoisie. Maintenant le plus important pour nous est de créer ce bloc de gauche. Le PC fort comme il ne l'a jamais été, ne doit pas être l'unique force se prononçant contre la réaction. Il ne faut pas que le PC soit isolé. L'objectif du jour pour le parti est l'établissement de liens étroits avec les unions professionnelles et avec la jeunesse. La jeunesse ne doit pas s'appeler la jeunesse communiste. Il faut tenir compte que notre bannière effraie beaucoup certaines personnes. Il faut tenir compte de cela.
Les communistes, poursuit le Cam. Staline, ne sont pas assez forts pour supporter seuls le poids de la lutte contre la réaction. Le Cam. Staline dit qu'il voudrait que le parti ne surestime pas ses forces. Si les ennemis parviennent à le provoquer, alors le parti sera étranglé. Il faut peu à peu et patiemment créer ce bloc de gauche. Si dans ce domaine on obtient quelques succès, alors la réaction sera plus prudente.
Le Cam. Staline dit que les communistes doivent avoir en vue que de Gaulle sera incité à prendre des mesures contre les communistes, même s'il ne le veut pas lui-même, il y sera incité par les Anglais et les Américains qui veulent créer un gouvernement réactionnaire en France, ainsi que partout où ils auront cette possibilité. C'est pourquoi le parti doit avoir des alliés, même faibles au début. Si la direction du Parti socialiste dit dans sa déclaration que le parti des socialistes est pour l'unité avec le PC, alors il faut leur répondre : "Je vous en prie !" Il faut s'efforcer d'attirer d'autres groupes politiques dans le bloc créé. Il faut avoir des alliés dans les syndicats, il faut créer quelque chose dans le genre d'un bloc.
Le Cam. Staline demande si les organisations de résistance ont des forces armées. Le Cam. Thorez répond qu'il y a les détachements armés de la milice patriotique qui étaient la force principale de la résistance pendant l'occupation en France. Actuellement ces détachements de la milice conservent leur armement.
Le Cam. Staline dit qu'il faut tenir compte qu'il y a actuellement en France un gouvernement reconnu par les Alliés. Dans ces conditions il est difficile pour les communistes d'avoir des forces armées parallèles car il y a une armée régulière. On peut demander aux communistes dans quel but ils ont besoin de détachements armés parallèles. Tant qu'il n'y avait pas de gouvernement provisoire, d'arrière solide, alors l'existence de ces détachement avait un certain sens. Dans quel but existent maintenant ces détachements alors qu'il y a un gouvernement avec son armée ? Tels peuvent être les arguments des ennemis des communistes. Ces arguments peuvent convaincre les Français. C'est pourquoi la position du PC, qui garde ses forces armées, est et sera faible. Il est difficile de défendre cette position. C'est pourquoi il faut transformer les détachements armés en une autre organisation, en une organisation politique, et, quant aux armes, il faut les cacher.
Le Cam. Staline explique qu'il a abordé cette question parce qu'il lui semble que les communistes n'ont pas encore compris que la situation a changé en France. Les communistes n'en tiennent aucun compte et continuent à suivre l'ancienne ligne alors que la situation a changé. Ils voudraient envoyer au diable toutes les canailles de socialistes ...
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