Title: LENINE, ORGANISATEUR ET CHEF DU PARTI COMMUNISTE DE RUSSIE A L'OCCASION DU 50° ANNIVERSAIRE DE SA NAISSANCE

Author:STALIN
Subject:SOCIALISM & RELATED SYSTEMS
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Josip STALINE


LENINE, ORGANISATEUR ET CHEF DU PARTI COMMUNISTE DE RUSSIE

A L'OCCASION DU 50° ANNIVERSAIRE DE SA NAISSANCE



Il y a deux groupes de marxistes. Tous deux travaillent sous le drapeau du marxisme et se croient "authentiquement" marxistes. Et cependant ils ne sont pas identiques, loin de là. Bien plus : un abîme les sépare, leurs méthodes de travail étant diamétralement opposées.
Le premier de ces groupes se borne d'ordinaire à reconnaître extérieurement le marxisme, à le proclamer avec solennité. Ne sachant pas ou ne voulant pas pénétrer l'essence du marxisme, ne sachant pas ou ne voulant pas le faire passer dans la vie, il transforme les principes vivants et révolutionnaires du marxisme en formules mortes, qui ne disent rien. Il fait reposer son activité, non sur l'expérience, ni sur les enseignements du travail pratique, mais sur des citations de Marx. Indications et directives, il les puise non dans l'analyse de la réalité vivante, mais dans les analogies et les parallèles historiques. Divorce entre la parole et les actes, tel est le vice essentiel de ce groupe. De là les déceptions et cet éternel mécontentement du destin qui, à tout moment, le trahit, le laisse "Gros-Jean comme devant". Ce groupe a nom menchévisme (en Russie), opportunisme (en Europe). Au congrès de Londres, le camarade Tyszko (Ioguichès) a donné une caractéristique assez heureuse de ce groupe ; il a dit de lui qu'il ne se tenait pas, mais gisait sur la plate-forme marxiste.
Le second groupe, au contraire, reporte le centre de gravité du problème, de la reconnaissance extérieure du marxisme à son application, à sa mise en œuvre. Déterminer, selon la situation, les voies et moyens permettant de réaliser le marxisme, modifier ces voies et moyens lorsque la situation change, voilà ce qui retient principalement l'attention de ce groupe. Ce n'est pas dans les analogies et les parallèles historiques qu'il puise directives et indications, mais dans l'étude des conditions environnantes. Dans son activité il ne s'appuie pas sur des citations et des sentences, mais sur l'expérience pratique dont il se sert pour vérifier chacun de ses pas, tirer parti de ses propres erreurs et apprendre aux autres à édifier la vie nouvelle. C'est ce qui explique à proprement parler que dans l'activité de ce groupe l'action ne dément pas la parole et que la doctrine de Marx conserve entièrement sa force révolutionnaire vive. A ce groupe s'appliquent parfaitement les paroles de Marx, selon lesquelles les marxistes ne peuvent se contenter d'expliquer le monde, mais doivent aller plus loin pour le modifier. Ce groupe a nom : bolchévisme, communisme.
L'organisateur et le chef de ce groupe est V. I. Lénine.

1. LENINE, ORGANISATEUR DU PARTI
COMMUNISTE DE RUSSIE
La formation du parti du prolétariat s'est poursuivie en Russie dans des conditions particulières, différentes de celles des pays d'Occident, au moment où s'y organisait le parti ouvrier. En Occident, - France, Allemagne, - le parti ouvrier est né des syndicats, alors que syndicats et partis fonctionnaient légalement ; alors que la révolution bourgeoise était déjà faite, et qu'existait le Parlement bourgeois, quand la bourgeoisie qui s'était faufilée au pouvoir se trouvait face à face avec le prolétariat. En Russie, au contraire, le parti du prolétariat s'est formé sous l'absolutisme le plus féroce, dans l'attente de la révolution démocratique bourgeoise, alors que d'une part les organisations du Parti regorgeaient d'éléments "marxistes légaux" bourgeois, avides d'utiliser la classe ouvrière pour la révolution bourgeoise. D'autre part, les gendarmes du tsar arrachaient des rangs du Parti ses meilleurs militants, cela au moment où l'essor du mouvement révolutionnaire spontané réclamait l'existence d'un noyau de révolutionnaires, noyau apte à la lutte, ferme, uni et suffisamment conspiratif, capable de diriger le mouvement en vue de renverser l'absolutisme.
Il s'agissait de séparer les boucs et les brebis, de se délimiter des intrus, de former à la base des cadres de révolutionnaires expérimentés, de leur donner un programme clair et une tactique ferme ; il s'agissait enfin de rassembler ces cadres en une seule organisation de combat composée de révolutionnaires professionnels, suffisamment conspirative pour pouvoir tenir contre les coups de main de la gendarmerie, et en même temps, suffisamment liée aux masses pour, le moment venu, les mener à la lutte.
Les menchéviks, ceux-là mêmes qui "gisent" sur la plate-forme marxiste, tranchaient le problème simplement : du moment qu'en Occident le parti ouvrier était né des syndicats sans-parti en lutte pour l'amélioration de la situation économique de la classe ouvrière, il fallait, dans la mesure du possible, en faire autant pour la Russie, c'est-à-dire se borner pour l'instant à la "lutte économique des ouvriers contre le patronat et le gouvernement", à l'échelle locale, sans créer d'organisation de combat pour toute la Russie, et puis... et puis, si d'ici-là les syndicats ne faisaient pas leur apparition, on convoquerait un congrès ouvrier sans-parti et on le proclamerait parti.
Que ce "plan" "marxiste" des menchéviks, utopique pour la Russie, supposât néanmoins un vaste travail d'agitation visant à ravaler l'idée même du parti, à en détruire les cadres, à priver de son parti le prolétariat et à donner la classe ouvrière en pâture aux libéraux, - c'est ce dont les menchéviks, et peut-être aussi nombre de bolchéviks, ne se doutaient guère à l'époque.
Un des plus grands mérites de Lénine devant le prolétariat russe et son Parti, c'est d'avoir montré tout le danger du "plan" menchévik d'organisation, au moment où ce "plan" venait tout juste d'être conçu, où les auteurs eux-mêmes de ce "plan" avaient peine à s'en représenter clairement les contours ; et, l'ayant montré, d'avoir déclenché une attaque à fond contre le débraillé qui régnait chez les menchéviks, en matière d'organisation, en concentrant sur ce problème toute l'attention des militants. Car il s'agissait de l'existence du Parti, de la vie ou de la mort du Parti.
Mettre sur pied un journal politique pour toute la Russie, comme centre de ralliement des forces du Parti ; organiser des cadres stables à la base, comme "formations régulières" du Parti ; rassembler ces cadres en un tout au moyen de ce journal et les cimenter en un parti de combat à l'échelle de toute la Russie, parti aux limites nettement déterminées, au programme clair, à la tactique ferme et à la volonté unique : tel est le plan que Lénine développa dans ses célèbres brochures : Que faire ? et Un pas en avant, deux pas en arrière. Ce plan avait le mérite de répondre strictement à la réalité russe et de résumer de façon magistrale l'expérience des meilleurs militants en matière d'organisation. Dans la lutte pour ce plan, la majorité des militants russes suivirent résolument Lénine, sans reculer devant la scission. La victoire de ce plan permit de jeter les fondements d'un parti communiste, cohérent et aguerri, qui n'a pas son égal au monde.
Nos camarades (pas seulement les menchéviks !) accusaient souvent Lénine d'avoir un penchant excessif pour la polémique et la scission, d'avoir mené une lutte implacable contre les conciliateurs, etc. Sans doute l'un et l'autre ont-ils eu lieu en leur temps. Mais il n'est pas difficile de comprendre que notre Parti n'aurait pu se débarrasser de sa faiblesse intérieure et de son défaut de précision, ni acquérir la force et la vigueur qui le caractérisent, s'il n'avait chassé de son sein les éléments non prolétariens, opportunistes. A l'époque de la domination de la bourgeoisie, le Parti du prolétariat ne peut croître et se fortifier que dans la mesure où il mène la lutte contre les éléments opportunistes, hostiles à la Révolution et au Parti, dans son propre milieu et parmi la classe ouvrière. Lassalle avait raison de dire : "Le Parti se fortifie en s'épurant."
Les accusateurs invoquaient d'ordinaire le parti allemand, où florissait l'"unité". Mais d'abord, toute unité n'est pas signe de force ; ensuite, il suffit de considérer aujourd'hui l'ancien parti allemand, déchiré en trois partis (1), pour comprendre tout ce qu'il y avait de faux, d'illusoire dans l'"unité" entre Scheidemann-Noske et Liebknecht-Luxembourg. Et qui sait s'il n'eût pas mieux valu pour le prolétariat d'Allemagne que les éléments révolutionnaires du parti allemand se fussent séparés à temps de ses éléments antirévolutionaires... Oui, Lénine avait mille fois raison de conduire le Parti dans la voie d'une lutte irréconciliable contre les éléments hostiles au Parti et à la Révolution. Car ce n'est que grâce à cette politique d'organisation que notre Parti a su réaliser dans son sein cette unité intérieure et cette étonnante cohésion, dont la possession lui a permis de sortir indemne de la crise de ...
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