Josip STALINE
Interventions au VI° Congrès du POSDR (bolchévik) (26 juillet - 3 août 1917)
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1. Rapport du Comité central
(27 juillet)
Camarades !
Ce rapport embrasse l'activité du Comité Central depuis deux mois et demi, en mai, en juin et dans la première quinzaine de juillet.
Au mois de mai, l'activité du Comité Central s'est exercée dans trois directions.
En premier lieu, il a lancé le mot d'ordre du renouvellement des Soviets des députés ouvriers et soldats. Le Comité Central partait de ce fait que notre révolution se développait pacifiquement, qu'il était possible d'opérer par de nouvelles élections aux Soviets des députés ouvriers et soldats une modification de leur composition, et par conséquent de celle du gouvernement. Nos adversaires ont prétendu que nous avions essayé de nous emparer du pouvoir. C'est une calomnie. Nous n'avions pas cette intention. Nous disions que nous avions la possibilité, en procédant à de nouvelles élections aux Soviets, de modifier le caractère de leur activité conformément aux voeux des larges masses. Il était évident pour nous qu'une voix de majorité aux Soviets des députés ouvriers et soldats suffirait pour que le pouvoir dût suivre une autre voie. Aussi tout le travail du mois de mai s'est-il effectué sous le mot d'ordre de nouvelles élections. Finalement, nous avons conquis près de la moitié des sièges dans la section ouvrière du Soviet, et près d'un quart dans celle des soldats.
En second lieu, la propagande contre la guerre. Nous avons mis à profit la condamnation à mort de F. Adler (2) pour organiser des meetings de protestation contre la peine de mort et contre la guerre. Les soldats ont bien accueilli cette campagne.
Troisième aspect de l'activité du Comité Central ; les élections municipales du mois de mai. Conjointement avec le Comité de Pétrograd, le Comité Central a mobilisé toutes ses forces pour livrer bataille tant aux cadets, force essentielle de la contre-révolution, qu'aux menchéviks et aux socialistes-révolutionnaires qui, bon gré, mal gré, suivent les cadets. Nous avons recueilli environ 20 % des 800000 suffrages exprimés à Pétrograd et enlevé la totalité des sièges de la Douma de l'arrondissement de Vyborg. Nos camarades soldats et marins ont en l'occurrence rendu au Parti un service insigne.
Ainsi le mois de mai s'est déroulé sous le signe : 1° des élections municipales ; 2° de la propagande contre la guerre ; 3° des nouvelles élections au Soviet des députés ouvriers et soldats.
Juin. Les rumeurs relatives à la préparation d'une offensive sur le front provoquaient une certaine nervosité chez les soldats. Un certain nombre de décisions réduisirent leurs droits à néant. Tout cela électrisait les masses. Chaque rumeur faisait immédiatement le tour de Pétrograd, mettant en émoi les ouvriers et surtout les soldats. Les bruits d'offensive ; les décrets de Kérenski avec la déclaration des droits des soldats ; le retrait de Pétrograd des éléments "inutiles", comme disaient les autorités, alors qu'il était clair qu'on voulait débarrasser Pétrograd des éléments révolutionnaires ; le délabrement économique qui de plus en plus s'accentuait : tout cela augmentait la nervosité des ouvriers et des soldats. Des réunions s'organisaient dans les usines ; à tout instant, des régiments et des usines nous proposaient de mettre sur pied une action. Une manifestation était envisagée pour le 5 juin. Mais le Comité Central décida de ne rien entreprendre encore et de réunir le 7 une conférence des représentants des arrondissements, des fabriques, des usines et des régiments afin d'y trancher cette question. La conférence se réunit : environ 200 personnes y assistaient. Il apparut que l'effervescence était particulièrement vive parmi les soldats. A une énorme majorité, on décida d'agir. La question fut posée : que faire si le Congrès des Soviets, qui venait de s'ouvrir, se prononçait contre cette action ? Aucune force au monde ne pourrait l'empêcher, estimèrent la grande majorité des camarades qui prirent la parole. Le Comité Central décida alors de prendre l'initiative d'organiser une manifestation pacifique. Les soldats ayant demandé si l'on ne pourrait pas manifester en armes, il répondit par la négative. Mais les soldats déclarèrent qu'il était impossible de manifester sans armes, que les armes étaient la seule garantie réelle contre des violences de la part des bourgeois et qu'ils ne les prendraient que pour se défendre.
Le 9 juin, le Comité Central, le Comité de Pétrograd et l'Organisation militaire tenaient une séance commune. Le Comité Central posa la question : étant donné que le Congrès des Soviets et tous les partis "socialistes" se prononcent contre notre manifestation : ne convenait-il pas de l'ajourner ? Les réponses furent toutes négatives.
Le 9 juin à minuit, le Congrès des Soviets lança un appel où il jetait contre nous tout le poids de son autorité. Le Comité Central décida de ne pas organiser de manifestation le 10 juin et de la reporter au 18, puisque le Congrès des Soviets fiait lui-même à cette date une manifestation où les masses pourraient faire connaître leur volonté. Les ouvriers et les soldats accueillirent cette décision du Comité Central avec un sourd mécontentement, mais ils s'y conformèrent. Il est caractéristique, camarades, que ce jour-là, le 10 juin au matin, un certain nombre d'orateurs du Congrès des Soviets ayant pris la parole dans les usines pour "liquider la tentative d'organiser une manifestation", l'immense majorité des ouvriers ne consentit à écouter que les orateurs de notre Parti. Le Comité Central réussit à calmer les soldats et les ouvriers. Ainsi la preuve fut faite de notre haut degré d'organisation.
En fixant la manifestation au 18 juin, le Congrès des Soviets avait annoncé qu'elle se déroulerait sous le signe de la liberté des mots d'ordre. Il était clair que le Congrès avait décidé de livrer bataille à notre Parti. Nous relevâmes le défi et nous préparâmes nos forces pour la manifestation.
Les camarades savent comment s'est déroulée la manifestation du 18 juin. Les journaux bourgeois ont eux-mêmes écrit que l'immense majorité des manifestants avaient défilé sous les mots d'ordre bolchéviks. Le mot d'ordre principal était : "Tout le pouvoir aux Soviets". Les manifestants étaient au moins 400000. Seuls trois petits groupes : le Bund, les cosaques et les plékhanovistes, s'étaient hasardés à arborer le mot d'ordre : "Confiance au Gouvernement provisoire !" Encore eurent-ils à s'en repentir, car on les obligea à rouler leurs banderoles. Le Congrès des Soviets put constater de ses propres yeux la force et l'influence de notre Parti. Chacun était convaincu que la manifestation du 18 juin, plus impressionnante encore que celle du 21 avril, ne manquerait pas de porter ses fruits. Et en effet, elle devait avoir d'importantes conséquences. La Rietch disait que, selon toute probabilité, d'importants changements se produiraient dans, la composition du gouvernement, puisque la politique des Soviets n'était pas approuvée des masses. Mais ce jour-là précisément commença une offensive de nos troupes sur le front, offensive couronnée de succès, à la suite de laquelle les "Noirs" commencèrent à manifester sur la perspective Nevski. Cette circonstance réduisit à néant la victoire morale remportée par les bolchéviks à la manifestation. Elle annihila également les résultats pratiques éventuels dont avaient parlé aussi bien la Rietch que les représentants officiels des partis dirigeants, les partis socialiste-révolutionnaire et menchévik.
Le Gouvernement provisoire resta au pouvoir. La réussite de l'offensive, les succès partiels du Gouvernement provisoire, les projets relatifs au retrait des troupes de Pétrograd produisirent leur effet sur les soldats. Ceux-ci se convainquirent que l'impérialisme passif devenait un impérialisme actif. Ils comprirent qu'une ère de nouveaux sacrifices avait commencé.
Le front réagit à sa manière à la politique d'impérialisme actif. Bravant l'interdiction, de nombreux régiments votèrent pour décider s'ils attaqueraient ou non. Le haut commandement ne comprenait pas que dans les conditions nouvelles de la Russie, et quand les buts de la guerre n'apparaissent pas clairement, il est impossible de lancer aveuglément les masses dans une offensive. Ce que nous avions prédit se réalisa : l'offensive s'avéra vouée à l'échec.
La fin de juin et le début de juillet se déroulent sous le signe de la politique d'offensive. On parle du rétablissement de la peine de mort, de la dissolution de toute une série de régiments, des sévices sur le front. Des délégués qui arrivent du front annoncent des arrestations, des brimades dans leurs unités. Des nouvelles identiques parviennent d'un régiment de grenadiers et d'un régiment de mitrailleurs. Tout cela préparait le terrain pour une nouvelle action des ouvriers et des soldats de Pétrograd.
J'arrive aux événements des 3 et 5 juillet. L'affaire commença le 3 juillet, à 3 heures de l'après-midi, au siège du Comité de Pétrograd.
3 juillet. 3 heures de l'après-midi. La conférence de Pétrograd-Ville de notre Parti tient séance. ...
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