GUY DE MAUPASSANT
(1850 - 1893)
LA TOMBE
La Tombe a paru dans le Gil Blas
du 29 juillet 1884
sous la signature: Maufrigneuse
Le dix-sept juillet mil huit cent quatre-vingt-trois, à deux heures et demie du matin, le gardien du cimetière de Béziers, qui habitait un petit pavillon au bout du champ des morts, fut réveillé par les jappements de son chien enfermé dans la cuisine.
Il descendit aussitôt et vit que l'animal flairait sous la porte en aboyant avec fureur, comme si quelque vagabond eût rôdé autour de la maison. Le gardien Vincent prit alors son fusil et sortit avec précaution.
Son chien partit en courant dans la direction de l'allée du général Bonnet et s'arrêta net auprès du monument de Mme Tomoiseau.
Le gardien, avançant alors avec précaution, aperçut bientôt une petite lumière du côté de l'allée Malenvers. Il se glissa entre les tombes et fut témoin acte horrible de profanation.
Un homme avait déterré le cadavre jeune femme ensevelie la veille, et il le tirait hors de la tombe.
Une petite lanterne sourde, posée sur un tas de terre, éclairait cette scène hideuse.
Le gardien Vincent, s'étant élancé sur ce misérable, le terrassa, lui lia les mains et le conduisit au poste de police.
C'était un jeune avocat de la ville, riche, bien vu, du nom de Courbataille.
Il fut jugé. Le ministère public rappela les actes monstrueux du sergent Bertrand et souleva l'auditoire.
Des frissons d'indignation passaient dans la foule. Quand le magistrat s'assit, des cris éclatèrent: "A mort! A mort!" Le président eut grand'peine à faire rétablir le silence.
Puis il prononça ton grave:
"Prévenu qu'avez-vous à dire pour votre défense?"
Courbataille, qui point voulu d'avocat, se leva. C'était un beau garçon, grand, brun, avec un visage ouvert, des traits énergiques, ...
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